Critiques

Neuf - Andrzej Stasiuk

3 jours. C’est le temps que Pawel a pour régler sa dette. 3 jours. C’est le temps qu’Andrzej Stasiuk poursuit Pawel dans les maillons de sa trame. Dès les premières pages, la mèche de l’histoire est allumée : les hommes de main du parrain de la mafia locale ont saccagé l’appart de Pawel. Il a dépassé le délai. Son business n’a pas marché. Tant en fuite qu’à la recherche, Pawel s’engouffre dans la Varsovie des années 1990 qui, avec ses habitants, lui vole petit à petit la vedette.
Stasiuk a choisi pour toile de fond le monde pas net de la mafia, du fric, de la drogue, et des meufs, autrement dit tous ces ingrédients qui font vibrer la culture populaire. Et qui font que Neuf flirte avec le roman à suspense. Mais, de sa plume acérée, Stasiuk fait ressortir de cet univers douteux l’amertume, la puanteur, la laideur. Les sens, éveillés par une langue minutieuse, guident le lecteur d’un personnage à l’autre, d’un côté de Varsovie à l’autre, d’un moment à l’autre, d’un paragraphe à l’autre qui, bien que d’apparence déconstruits et déstructurés, sont pris dans une grande mécanique. Cette mécanique, tant celle du roman, de la mafia, que de la société, apparaît en plein dégénérescence. Le roman devient ainsi une métaphore de cette Pologne d’après 1989, égarée, perdue dans sa transition. Intelligent, prenant, sans être pressant, Neuf est un roman excellent qui vaut le détour. (KV)
 
Neuf
Andrzej Stasiuk
traduit du polonais par Grazyna Erhard
Christian Bourgois
 
 
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